Faire mouche

Faire mouche
Vincent Almendros
Ed. Minuit
Date de publication : 04/01/2018

De son écriture quasi cinématographique, l’auteur d’Un été dissèque le système familial et ses fardeaux, ses mensonges, ses silences. Un roman fort.

Faire mouche procure un triomphe tout intérieur, la joie d’arriver à bon port après une traversée funambulesque, le souffle retenu. L’intensité de ce roman de Vincent Almendros, en apnée dans le mensonge et le silence, vient de cette satisfaction sous cape, inébranlable, que les secrets soient bien préservés. Gardien de son propre temple intérieur, où sont cadenassés des hontes, des chagrins, des exactions, des crimes peut-être, Laurent retourne un été à Saint-Fourneau, lieu de combustion lente de ses mauvais souvenirs d’enfance : la mort de son père, et le geste fou de sa mère, qui versa de l’eau de Javel dans son jeune gosier. Sur le siège passager de sa voiture, Laurent a posé une complice aux mobiles aussi enfouis que les siens, une certaine Claire, qui veut bien se faire passer pour une Constance, parce que la clarté n’est pas le but du voyage, alors que la persévérance et l’égalité d’humeur promettent un allègement des fardeaux. Arrivé à destination, le couple de circonstance tombe sur un reste de famille casanière en décomposition, qu’une future fête de mariage illusionne sur les vertus du rabibochage.
Vincent Almendros a l’œil pour saisir les soubresauts de la vie qui palpite ou qui s’éteint. Sans doute est-ce pour cela qu’il a dédié ce roman à son homonyme (paraît-il sans lien de parenté) Néstor Almendros, le grand chef opérateur de François Truffaut, Eric Rohmer ou Terrence Malick. Comme dans son précédent roman, Un été (1,) Vincent Almendros déploie une écriture très visuelle, aux aguets. Sensible aux lieux, qui étouffent et exposent, absorbent et révèlent, il fait avant tout parler les corps.

Corps d’ancêtres malades, corps épaissis par l’âge adulte, corps s’ébrouant dans un lac de vase. Corps d’un bœuf abattu, dont la langue est cuisinée dans une sauce trop lourde pour la saison chaude, corps d’un chien mort oublié dans la forêt, corps des mouches mortes gisant dans la poussière ou sur les rubans adhésifs pendus au plafond.
Alors, faire mouche prend un tout autre sens : crever dans une chambre déserte, ou les pattes engluées dans un système qui veut votre mort. Ancré dans un présent méticuleusement verrouillé par le passé, Vincent Almendros signe un roman fort, sur l’ambiguïté de la peur qui donne des ailes et coupe les jambes. (présentation de l'éditeur)

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