Broussaille de prose et de vers (où se trouve pris le mot paysage)

Broussaille de prose et de vers (où se trouve pris le mot paysage)
Sacr James
Ed. Obsidiane/Vif d'enclume

Je sais aussi, j'en fais l'expérience dès que j'aligne trois mots, que le plus vrai dans ce que j'écris c'est en fait ce mensonge qui se montre non seulement dans les maniements formels de la langue, mais dans toute la matière de celle-ci, dès que j'entends l'écrire, c'est à dire la versifier ou la proser. Cette fausseté (et laisse-t-elle vraiment paraître au moins cela, qu'elle est fausse ?) n'est-ce pas elle qui constitue la trame de ce que serait mon style ? Le style comme ce qu'il y a de plus faux dans une écriture ? Et de plus vrai, dans la mesure où c'est pas possible d'écrire autrement qu'empêtré dans le mensonge.

Mon style : ça devient peu à peu ma vraie façon de mentir, mais encore faudrait-il pouvoir lui garder une fraîcheur de mensonge ou que reste agréablement dosées, ou proposées de façon surprenante, sa part de mensonge rusé et celle de mensonge naïf. Le mieux étant peut-être de n'y pas penser (en tout cas pas trop) quand justement on se mêle d'écrire. J. S.

Présentation de l'éditeur

Cave canem

Cave canem
Gibault François
Ed. Léo Scheer

À tout instant et en tous lieux, les plus aimables farces peuvent tourner à la tragédie. Un petit nuage au loin, trois gouttes attendues, et puis d'un coup le ciel se couvre et c'est l'inondation meurtrière. Il suffit de quelques secondes pour passer du rire aux pleurs et encore moins pour se faire vitrifier. À peine avez-vous pris le temps de naître que vous êtes en joue, dos au mur, sinon mort déjà. Aussi, dites à vos fils de se hâter avant que le temps ne se gâte, avant que leurs meilleurs amis, enfants de choeur, louveteaux, boy-scouts, ne leur plantent leurs couteaux suisses dans le dos. Et vous, nourrissons, marmots, agneaux, poussins, têtards, avant de vous faire manger, filez par les hublots, par les toits, par les escaliers et les souterrains, fuyez vos couveuses, vos chambres d'enfants, vos parents, vos écoles et, sans vous retourner jamais, courez droit devant vous le plus longtemps que vous pourrez. Ne pensez qu'à sauver votre peau.
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Piercing

Piercing
Tremblay Larry
Ed. Gallimard/Blanche

Piercing rassemble trois récits. Homme de théâtre, Larry Tremblay y explore la ville, le territoire urbain, précisément en tant que théâtre, lieu initiatique de tous les possibles. Le récit-titre, «Piercing», met en scène une adolescente en fugue fraîchement arrivée à Montréal de son Chicoutimi natal. Elle s'intègre à un groupe de jeunes avec qui elle fait l'expérience de la marginalité. «La hache» pose la question des idéologies extrémistes en confrontant deux générations : un professeur se rend, en pleine nuit, chez un étudiant pour lui remettre sa copie corrigée. «Anna à la lettre C» interroge le désir entre une jeune femme et un homme d'âge mûr. Dans la touffeur d'une soirée d'été, les mots et les gestes semblent attendre que l'orage éclate.
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Le Toison

Le Toison
Froehlich Patrick
Ed. Seuil/Fiction & Cie

Trois voix se croisent et se relaient pour décrire l'étrange univers du Clos Fleuri. Il y a Louis, le fils qui a déserté la maison familiale pour s'installer dans une caravane au milieu des bois et des livres ; Jeanne, sa soeur, avec laquelle il entretient une relation fusionnelle depuis l'enfance ; et Jean, le mari de Jeanne. Le passé, accablant, revient par bribes : violence, étouffement, hypocrisie. Même après la mort du père, aucun n'arrive à s'échapper vraiment de cette propriété que délimite une rivière, le Toison, au-delà de laquelle se trouveraient peut-être la liberté et la reconstruction de soi.

Tout tourne autour de l'anniversaire des cinquante ans de Jeanne, celle qui tient les cordons de la bourse. Louis viendra-t-il ? Pourquoi insiste-t-on tellement pour qu'il soit là ?

Dans ce huis clos porté par une écriture obsessionnelle, les voix se télescopent en un long monologue étourdissant, elles se chevauchent et se répondent dans un même choeur inextricable.
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Petits chaperons dans le rouge

Petits chaperons dans le rouge
Jourde (dir.) Pierre
Ed. Archange Minotaure

À partir de la méthode développée par Queneau dans ses Exercices de style, mais avec quelques variantes, une équipe d'étudiants de l'université Stendhal, chaperonnée par Pierre Jourde, s'est livrée sans retenue à diverses voies de fait sur Le Petit Chaperon Rouge : réduit, allongé, vulgarisé, érotisé, psychanalysé, géométrisé, goûté, sitcomisé, litotisé... Rien ne lui a été épargné. À ne pas mettre entre toutes les mains.
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Fonction Elvis

Fonction Elvis
Limongi Laure
Ed. Léo Scheer

Voici, en 80 pages serrées, nerveuses, cadencées comme une chanson rock, tout Elvis, tous les Elvis : le bon petit gars du Sud, la « gueule d'ange », « Presley lèvres de velours », le « Blanc avec une voix de Noir », le fils affectueux, le démon sexuel, Elvis soldat, Elvis amoureux, Elvis en lamé or, en cuir noir, en veste à franges, « le premier chanteur atomique », le bellâtre d'Hollywood, l'empereur de Graceland et l'attraction bouffie de Las Vegas. La légende, les mystères. Une vie.

Le King est né, a vécu, est mort. Même les dieux ont une histoire.
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Césaire et Senghor. Un pont sur l'Atlantique

Césaire et Senghor. Un pont sur l'Atlantique
Kesteloot Lylian
Ed. L'Harmattan

«Senghor, inaugure son rôle de promoteur des Lettres africaines, avec un coup d'éclat: c'est en 1948 la publication de l'Anthologie de la Nouvelle poésie nègre et malgache, avec la célèbre préface de Sartre, Orphée Noir, qui présentait les poètes de la Négritude. Il devint président du Sénégal et donna sa mesure en tant que mécène des Lettres africaines...

Césaire, Moi Laminaire, s'est confié, livré sur sa poésie, sur la valence des mots, vecteurs de forces inaccessibles à lui par d'autres voies, périodes de bonheur où le poète voltige dans une jonglerie verbale dont il a le secret, et qui fait songer à Nietzsche, à son apologie de la danse... Mais cet état de grâce n'est pas permanent, tant s'en faut et souvent, le poète se heurte à l'incapacité d'un dire. Les mots le trahissent et sont des grands fagots de mots qui s'écroulent dans un coin. Ils évoquent les fantômes, conjurent ses monstres et lui rendent l'oxygène dont les miasmes quotidiens le privent.»
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Fleurs. Le grand roman de l'érotisme floral

Fleurs. Le grand roman de l'érotisme floral
Sollers Philippe
Ed. 2 Terres

«Que dit le lys ? la rose ? la tulipe ? le lilas ? le mimosa ? l'oeillet ? Ou bien, plus à l'Est, le lotus ? Quels drames, quels secrets, quels parfums ? Quel sang, dans l'ombre ?»

On se propose, à partir d'un artiste et d'un botaniste trop peu connu, Gérard Van Spaendonck (1746-1822), de découvrir le continent des fleurs tel qu'il est apparu au dix-huitième siècle. Les fleurs étaient là de tout temps, bien entendu, mais leur mise en lumière encyclopédique, leurs noms, leur dessin, surgissent alors sur soie et sur vélin, avec une précision et une délicatesse inouïes. Spaendonck, au Jardin des Plantes de Paris, a eu des élèves, dont le célèbre Pierre-Joseph Redouté. Ces hommes ont vu s'ouvrir à la fois la nature florale et sa représentation. Ils en ont vécu l'éclosion et le geste qui la prolonge. Leur prodigieux et silencieux travail a traversé la Révolution et la Terreur. Il vient maintenant vers nous comme un signe renouvelé de beauté, de vivacité, de diversité, de fraîcheur. Voici la langue des fleurs.

Il s'ensuit une libre improvisation à travers la poésie, la littérature, la peinture (sans oublier la métaphysique et la théologie), où ce langage se montre dans toutes ses dimensions symboliques, amoureuses, érotiques. L'auteur de ce petit livre suit sa rêverie et son inspiration du moment. Il revisite Dante, Ronsard, Shakespeare, Rousseau, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Proust, Colette, Ponge ou Genet.

«La rose est sans pourquoi», dit Angélus Silesius. Nous vivons désormais sous la dictature du pourquoi et de sa dévastation quotidienne planétaire. Mais les fleurs, par-delà le Bien et le Mal, persistent malgré le bruit, l'oubli, la fureur, les cendres. Un bouquet, ici les rassemble : les fleurs sont des mots, les mots sont des fleurs. Philippe Sollers
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Le bonheur de la nuit

Le bonheur de la nuit
Bessette Hélène
Ed. Léo Scheer

'La littérature vivante, pour moi, pour le moment, c'est Hélène Bessette, personne d'autre en France. » Marguerite Duras

« Un des auteurs les plus originaux de ce temps. Enfin du nouveau. » Raymond Queneau

Hélène Bessette (1918-2000), quatorze livres publiés aux Éditions Gallimard entre 1953 et 1973, Prix Cazes en 1953, deux fois inscrite sur les listes du Goncourt et du Médicis. Cet écrivain majeur est étrangement méconnue alors qu'elle a sans cesse été défendue par des écrivains et des critiques prestigieux. Un silence aujourd'hui dissipé par la publication du Bonheur de la nuit, roman inédit sur l'enfermement du couple et le poids inexorable d'une société animée par le pouvoir de l'argent.

Hélène Bessette met en scène avec humour et cruauté des personnages dont la vie n'a de consistance qu'en tant qu'ils s'agitent, s'opposent, provoquent le scandale. Portier grincheux, soubrette insatisfaite de sa condition, actrice en pleine ascension mais pas encore célèbre, fils de famille sur le retour, bourgeoise entretenue, noble déchu, chacun se retrouve enfermé dans sa propre vie à double tour sans cesse resserré par le temps qui passe dans le mensonge et la compromission. La société se mue en un asile de fous qui ne dit pas son nom.
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Lignes de faille

Lignes de faille
Huston Nancy
Ed. Actes Sud

Je tiens la main de m'man, sa main est avec moi à New York mais sa tête sillonne encore la planète: sans même nous demander comment on va, elle se met à parler à toute berzingue. Sa voix ne promet rien de bon alors je laisse les mots se produire là-haut, au niveau de la bouche des grandes personnes, pendant que moi je reste près du sol à étudier les milliers de pieds qui courent dans tous les sens. Je pense à ce qui se passerait si une bombe était lâchée sur JFK et que tous ces gens étaient soudain morts ou démembrés en train de patauger dans des flaques de sang. Ma chauve-souris me dit de monter le son des avions bombardiers le plus possible dans ma tête... N. H.

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